QU'EST-CE QUE LA VIOLENCE CONJUGALE?
« Violence conjugale » désigne la violence ou la maltraitance qu'une femme ou un homme peut vivre entre les mains d'un partenaire marital, de droit commun ou de même sexe. La violence conjugale peut se produire durant une relation, y compris lorsqu'il y a rupture, ou après la fin de la relation.
Il a plusieurs formes différentes de violence conjugale, et une personne peut être soumise à plus d'une forme.
-La violence physique peut consister en un seul incident ou elle peut se produire de manière répétée. Cela comprend l'usage de la force physique d'une manière qui blesse une personne - ou qui menace de la blesser - y compris battre, frapper, secouer, pousser, étouffer, mordre, brûler, donner des coups de pied, ou agresser avec une arme1. Les autres formes de violence physique peuvent comprendre par exemple la brutalité, la séquestration, ou tout usage dangereux ou nocif de la force ou de la punition.
-La violence sexuelle et l'exploitation incluent toutes les formes d'agression sexuelle, de harcèlement sexuel, et d'exploitation sexuelle2. Forcer une personne à participer à une activité sexuelle non désirée, dangereuse ou dégradante, ou qui utilise le ridicule ou d'autres tactiques pour tenter de dénigrer, contrôler ou limiter sa sexualité ou ses choix reproductifs constitue une agression sexuelle.
-La violence psychologique inclut les attaques verbales, les cris et les railleries. Utiliser la critique, les menaces verbales, l'isolation sociale, l'intimidation ou l'exploitation dans le but de dominer une autre personne sont d'autres formes de violence psychologique. Le harcèlement criminel peut comprendre la menace exercée sur une personne, ou ses proches, endommager leurs possessions ou blesser leur animal de compagnie3.
-La violence économique ou financière inclut le vol ou la fraude à l'encontre d'un partenaire4. Retenir l'argent nécessaire à l'achat de nourriture ou de traitements médicaux5, manipuler ou exploiter une personne pour un bénéfice financier, refuser l'accès à des ressources financières, ou empêcher une personne de travailler (ou contrôler leur choix de métier) sont aussi des formes de violence économique.
-La violence spirituelle inclut l'utilisation de la religion d'une personne ou de ses croyances spirituelles pour la manipuler, la dominer ou la contrôler. Cela peut comprendre d'empêcher une personne de s'adonner à des pratiques spirituelles ou religieuses, ou de ridiculiser ses croyances.
Les partenaires agressifs peuvent utiliser des tactiques différentes pour tenter d'exercer un pouvoir et un contrôle sur leur victime. La violence est une mauvaise utilisation du pouvoir et une violation de la confiance. Les actes de violence peuvent être commis une fois, ou ils peuvent se produire selon un schéma répétitif ou de manière croissante sur une période de plusieurs mois ou plusieurs années. La violence peut changer de forme au fil du temps.
QUELLE EST L'ÉTENDUE DE LA VIOLENCE CONJUGALE AU CANADA ?
Il a été difficile d'obtenir une image complète de l'étendue globale de la violence conjugale au Canada, car elle reste souvent cachée. La victime peut supporter la violence pendant longtemps avant de solliciter de l'aide. Certaines victimes n'en parlent jamais à personne. La victime peut se montrer réticente - ou incapable - de parler ou de signaler la violence pour plusieurs raisons différentes. Par exemple, elle peut être émotionnellement attachée au partenaire agresseur ou elle peut croire solidement en la préservation de sa relation ou de sa famille. Elle peut craindre la vengeance de l'agresseur (contre elle ou ses proches) ou elle peut craindre d'être stigmatisée par autrui. Elle peut être dépendante du partenaire agresseur sur le plan financier. Elle peut vivre dans une région isolée, ou être socialement isolée des autres. Elle peut souffrir d'obstacles de communication, linguistiques ou culturels. Elle peut éprouver de la honte, se sentir impuissante et ne pas avoir accès à l'information, aux ressources et au soutien.
En particulier, les victimes peuvent se montrer réticentes à impliquer les autorités parce qu'elles :
-ne veulent pas voir l'agresseur retiré de la maison, mis en prison ou qu'il ait un dossier criminel;
-ne croient pas que l'agression sera arrêtée en faisant appel au système de justice pénale;
-ne croient pas que le système de justice pénale puisse les aider ou les protéger.
De nombreux cas de violence conjugale ne sont pas signalés à la police - même si des indications montrent que le signalement est en augmentation6. Les renseignements les plus complets sur l'étendue de la violence conjugale au Canada proviennent de l'Enquête sociale générale sur la victimisation [ESG], 19997. Cette enquête sur la victimisation a interrogé presque 26 000 femmes et hommes au Canada sur leur expérience de la violence, y compris leur expérience de la violence et de l'agression psychologique dans leurs mariages actuels ou passés ou dans leur relation de droit commun. Selon l'ESG, les femmes et les hommes vivent des taux similaires de violence et de violence psychologique dans leurs relations. Toutefois, l'enquête a montré que la violence vécue par les femmes tend à être plus sévère - et plus souvent répétée - que la violence dont les hommes font l'objet. Par exemple, comparées aux hommes, les femmes ont :
-six fois plus de chances de signaler avoir été agressées sexuellement;
-cinq fois plus de chances de signaler avoir été étouffées;
-cinq fois plus de chances d'avoir besoin de soins médicaux, suite à une agression;
-trois fois plus de chances de souffrir de blessures physiques suite à une agression;
-plus de deux fois plus de chances de signaler avoir été battues;
-presque deux fois plus de chances de signaler avoir été menacées d'une arme ou d'un couteau;
-beaucoup plus de chances de craindre pour leur vie, ou de craindre pour leurs enfants par suite de l'agression;
-plus de chances de souffrir de problèmes de sommeil, de dépression et de crises d'anxiété, ou d'avoir une estime de soi diminuée à la suite de l'agression;
-plus de chances de signaler une victimisation répétée8.
Des chercheurs ont remarqué que l'étude révèle aussi que les femmes vivent des niveaux supérieurs de certains types de violence psychologique. Comparées aux hommes, elles :
-avaient quatre fois plus de chances de signaler avoir été menacées ou avoir subi un préjudice, ou avoir vu une personne proche menacée ou avoir subi un préjudice;
-avaient quatre fois plus de chances de signaler s'être vu refuser l'accès au revenu familial;
-avaient plus de deux fois plus de chances de signaler avoir vu leur propriété endommagée ou leurs possessions détruites;
-ont signalé plus fréquemment avoir été isolées de la famille et des amis;
-ont signalé un plus grand taux d'humiliations et de railleries9.
Les données relatives aux homicides révèlent que les femmes courent aussi davantage le risque de se faire tuer par leur mari. Au cours des deux dernières décennies, trois fois plus de femmes se sont fait tuer par leurs maris que les maris par leurs femmes10. Le taux d'homicide conjugal est beaucoup plus élevé chez les femmes et les hommes autochtones11.
Il n'y a pas de données nationales sur la prépondérance de la violence conjugale dans les relations entre personnes de même sexe, mais il existe de plus en plus de recherches qui montrent que la violence conjugale est un problème important chez les couples de lesbiennes et de gais12.
QUELS SONT LES FACTEURS QUI CONTRIBUENT À LA VIOLENCE CONJUGALE ?
Il n'y a pas une seule « cause » définitive de violence conjugale et n'importe qui peut courir le risque d'être agressé - quel que soit le sexe, l'âge, la race, l'ethnie, l'instruction, l'identité culturelle, le statut socio-économique, le métier, la religion, l'orientation sexuelle, la capacité physique ou mentale et la personnalité. La violence conjugale est un problème complexe, et il peut y avoir plusieurs facteurs différents qui y contribuent (individuel, relationnel et social). De nombreux experts croient toutefois que la violence conjugale est liée aux inégalités et au déséquilibre des pouvoirs au sein de notre société.
Il est de plus en plus admis que la vulnérabilité d'une personne à la violence peut être exacerbée par des facteurs comme le déplacement, la colonisation, le racisme, l'homophobie, l'infirmité, la pauvreté et l'isolement. Les femmes autochtones par exemple ont plus de chances de signaler avoir été agressées sexuellement par le conjoint.
L'absence d'accès aux services et soutien communautaires, et au système de justice pénale, peuvent augmenter la vulnérabilité d'une personne à la violence - ou combiner les effets de la violence.
Facteurs qui augmentent le risque
Bien qu'ils ne constituent pas des causes directes de violence, des statistiques récentes montrent qu'il existe un nombre de facteurs qui, seuls ou en combinaison, sont associés à un risque accru de violence. Par exemple, voici certains facteurs de risque pour les femmes et les hommes :
-être jeune;
-vivre dans une union de fait;
-avoir un partenaire qui boit beaucoup périodiquement;
-violence psychologique dans la relation (moyen important de prédiction de violence physique);
-séparation conjugale (le risque d'être tuée est plus grand pour la femme après la séparation).
Actuellement, il n'y a pas de renseignements statistiques disponibles concernant les facteurs qui sont associés à un risque accru de violence dans des relations entre personnes de même sexe.